LE BONHEUR DE LA SORCIERE

 

Une sorcière habitait dans les grottes de la ville de Hanoir.

Hanoir est une petite ville peuplée exclusivement de fantômes, de monstres et des sorcières. Tous peuvent s’y promener sans crainte car plus aucun humain n’y réside depuis fort longtemps. On y trouve de tout comme dans toutes les villes du monde : une boulangerie, une piscine et même un balai-wash, là où les sorcières vont laver leur balai.

Un jour que Roberta - car c’est ainsi qu’elle s’appelle - vole à califourchon sur son balai, elle passe à proximité d’une grande maison blanche, entourée d’un jardin rempli de fleurs.

- Cette demeure me semble vide, se dit-elle. Depuis le temps que je veux déménager, je pense avoir trouvé ce qu’il me faut.

Chaque matin, elle consulte les petites annonces du journal local mais rien jusqu’à présent n’est à son goût.

Elle tire le frein à main de son balai et s’arrête juste devant la porte d’entrée. Elle fait tinter la clochette mais ne reçoit aucune réponse. Elle pousse alors avec précaution le vantail qui n’était pas complètement fermé et pénètre dans un hall richement meublé.

- Que c’est beau ! Si je pouvais m’installer ici, je serais bien plus à l’aise que dans ma grotte pour attendre le retour de Roberton.

Roberton c’est le mari de Roberta. Il est parti depuis plusieurs lunes à la recherche d’un bébé car mariés depuis très longtemps, aucun enfant n’est venu combler leur union. Roberta en est très malheureuse et en a même perdu ses pouvoirs magiques tellement elle a du chagrin.

Elle inspecte toutes les pièces du rez-de-chaussée. A la vue des toiles d’araignées qui pendent du plafond, elle est certaine que personne ne hante les lieux. Elle s’apprête à monter vers le premier étage lorsqu’elle entend des bruits qui proviennent d’en haut.

- Oh non ! Cette maison est habitée. C’est bien ma veine. Je n’ai vraiment pas de chance. Je vais encore me faire mettre dehors a grands coups de formules magiques.

En approchant de la pièce d’où viennent les bruits, elle reconnaît des pleurs d’enfants. Son cœur de sorcière se serre très fort. Sa respiration devient plus courte. La tête lui tourne même un peu.

- Des enfants ! des petits enfants !

Elle fait un pas en direction de la porte mais une crainte la saisit. Si elle s’approche trop près, ils risquent de prendre peur. Elle se regarde dans un miroir suspendu au mur.

- Brrr, que je suis laide ; laide à faire peur. Mon nez est long et crochu, surmonté de deux énormes verrues. Mes yeux sont gris et globuleux. Ma bouche est de travers et fait une horrible grimace. Mes cheveux sont noirs et tout raides. Mes vêtements sont en guenilles et particulièrement sales. Si seulement j’avais su, j’aurais pu prendre mon bain annuel.

Une lame du parquet grince sous son pas. Elle se met à trembler.

- Si les enfants sortent, ils me voient. Il faut que je retrouve la formule pour adoucir ma voix. " Douce, douce voix arrive à moi ! ". Rien à faire. Mes pouvoirs ne sont pas revenus. Tant pis, j’y vais !

Elle se dirige vers la chambre où deux adorables bambins se tiennent dans un coin. Ils sont blonds comme les blé et ont de grands yeux bleus. Ils se ressemblent tellement qu’on peut sans peine deviner qu’ils sont frère et sœur.

A la vue de la sorcière, ils se prennent par la main et se serrent très fort l’un contre l’autre. Ils sont stupéfaits et sur leurs visages, on peut lire la peur.

Roberta s’approche d’eux et avec un grand sourire qui découvre ses dents noircies elle leur dit d’une voix grinçante :

- N’ayez pas peur. Mon nom est Roberta. Je ne veux vous faire aucun mal. Je cherche juste des enfants à aimer.

En disant ces derniers mots, sa voix devient plus douce. Elle se met alors à leur raconter toute son histoire et lorsqu’elle a terminé, les enfants n’ont plus peur du tout. Ils se mettent à parler tous les deux en même temps et Roberta apprend qu’ils s’appellent Lily et Conord. Ils ont perdu leurs parents pendant un voyage et se sont retrouvés dans cette maison sans savoir exactement comment. S’il pleuraient lorsqu’elle est arrivée, c’est parce qu’ils ont faim et ne savent pas où aller, car il n’y avait rien à manger dans le garde-manger.

- Si vous voulez, je peux aller chercher des provisions et lorsque je rentrerai, je vous cuisinerai quelque chose.

- Oh oui ! dirent-ils en choeur. Nous avons très faim.

Roberta n’est pas longue à revenir un gros sac rempli de bonnes choses à manger. En un clin d’œil, elle prépare un succulent repas. En un clin d’œil ou plutôt en une formule magique car elle avait subitement retrouvé tous ses pouvoirs. Tout sent très bon et même si la couleur est un peu étrange, Lily et Conord ne font aucune remarque.

- Allez vous rester avec nous ? demanda Lily. Ce serait bien. Vous pourriez vous occupez de la maison, nous faire à manger car nous sommes trop petits pour cela.

- Moi j’aimerais apprendre des tours de sorcière, dit Conord. Vous croyez que j’en serai capable ?

C’est bien plus que Roberta n’en souhaite. Si Roberton pouvait rentrer maintenant, ce serait tellement merveilleux.

Les lunes passent, Roberton ne rentre toujours pas.

Un beau matin, la grille grince. Le tintement de la clochette retentit dans toute la maison. Les enfants se précipitent dans la pendule pour s’y cacher et Roberta va ouvrir. Elle revient bientôt dans la pièce accompagnée par un individu très laid et qui parle très fort. Il semble fâché et fait de grands gestes dans tous les sens. Roberta n’a pas l’air impressionnée. Elle invite l’homme à s’asseoir et se met à lui parler gentiment. C’est très long pour nos deux amis qui commencent à avoir mal aux jambes d’être debout dans cette vieille pendule.

Lorsque Roberta vient les chercher, elle leur dit :

- Je vais vous présenter à quelqu’un. Il a l’air un peu bourru mais n’ayez crainte ; il est très gentil.

- Roberton, je te présente Lily et Conord, les deux enfants dont je t’ai parlé.

Ils n’étaient pas du tout rassurés mais l’homme qui n’était autre que Roberton, se montra tellement attentionné, tellement doux qu’au bout d’une dizaine de minutes, ils n’avaient plus aucune crainte.

Ils vécurent ainsi très heureux. Conord et Lily se montraient très attentifs à apprendre les sortilèges tant et si bien qu’ils passèrent l’examen de sorcier devant le grand jury et réussirent avec mention. Lily épousa un sorcier et Conord une sorcière. Ils eurent chacun deux enfants qui se marièrent à leur tour et eurent des enfants qui se marièrent et eurent des enfants .... C’est ainsi que dans la ville de Hanoir, il y a toujours aujourd’hui des sorciers et des sorcières. Si vous y passez un jour, cherchez la grande maison blanche, vous apercevrez peut-être Roberta et Roberton ou l’un de ses enfants, petits-enfants ou arrière petits-enfants.

Texte imaginé et écrit par Kimberly